Entretien avec Son Excellence M. François Pujolas (UNEERO - Béni, 15 octobre 2019)

Entretien de l’Ambassadeur de France avec l’équipe UNEERO dans le cadre de son déplacement dans l’Est du 14 au 17 octobre.

Q- Que ressentez-vous après cette première visite à un centre de traitement Ebola ?

R- J’ai été très intéressé par la visite de ce centre parce qu’Ebola c’est d’abord un sujet poignant par sa dimension humaine avec toutes les conséquences qu’on sait donc visiter un centre qui permet de sauver, en tous cas de soigner, des gens c’est toujours quelque chose. Il est aussi particulièrement émouvant de voir les conditions dans lesquelles les patients, le personnel soignant vivent sur ce site et travaillent. Et puis un petit sentiment de fierté de voir une ONG française parce que c’est MSF France, en l’occurrence après Alima, qui est aussi une ONG française, qui gère le CTE de Beni.

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Centre de traitement Ebola à Béni
UNEERO/Gaelle Sundelin

Q- Quelle est l’action de la France dans le cadre de la riposte Ebola ?

R- Tous les amis de la RDC, vu l’ampleur de cette crise sanitaire majeure, se sont portés en assistance et donc on l’a fait avec le reste de la communauté internationale. Il faut souligner que le domaine de la santé s’inscrit vraiment dans une des grandes priorités du Président de la République dans ce partenariat qu’il veut renouveler avec les pays africains dont la RDC, et vis-à-vis d’Ebola il y a donc deux niveaux.
A court terme sur le plan humanitaire avec une action essentiellement tournée vers le terrain, avec le soutien aussi des pouvoirs publics, des ONG françaises qui sont des vrais professionnels de l’urgence qui ont montré en matière de sélection, de tri des malades et puis surtout de traitement donc dans tout ce qui entoure l’aide humanitaire pour aider les gens victimes de l’épidémie. Une action de terrain donc qui a été soutenue par le gouvernement français et avec des ONG qui représentent un gros contingent des acteurs sur le terrain.

Deuxièmement il y a une action à plus long terme parce que l’épidémie, fort heureusement, va s’arrêter, mais elle a été traumatisante avec des conséquences très pénalisantes pour les gens, à titre personnel mais aussi pour l’économie et pour le fonctionnement des communautés. Il faut donc aider à la restructuration de tout ça pour qu’un nouveau mal ne s’ajoute pas au mal de l’épidémie proprement dite.

Très concrètement on a aujourd’hui une double approche en matière de santé publique.
La première c’est une action visant à passer de l’humanitaire au développement et à identifier, notamment au travers de l’expérience des ONG de terrain, comment nous pouvons renforcer la capacité du système de santé dans son ensemble, pas seulement de certains hôpitaux dans les villes mais de tous les systèmes de santé en partant du niveau des communautés jusqu’au niveau des hôpitaux de référence. On peut faire de la formation sur la prévention contre les épidémies, faire de la formation et du soutien aussi matériel en ce qui concerne l’organisation de l’hôpital, les règles d’hygiène et autres domaines cruciaux dans le cadre du fonctionnement d’un hôpital et orienter spécifiquement la formation sur la gestion des débuts d’épidémie lorsque le système de santé publique classique y est confronté.

Le deuxième angle est celui de la recherche. La France a de bonnes références dans le domaine de la recherche médicale et nous avons notamment, au travers d’une coopération très ancienne notamment avec l’INRB, l’Institut National de Recherche Biomédicale basé à Kinshasa, déjà posé des jalons s’agissant d’Ebola pour mener deux projets. Le premier c’est une étude très approfondie sur les réservoirs à virus Ebola au travers de l’étude du stockage des souches venant de chauves-souris ou d’autres animaux. On répertorie, on regarde quel type d’animal et à quel endroit il a été récupéré de façon à contribuer à la connaissance plus fine du virus et comment il évolue et où et quels en sont les porteurs. Le deuxième c’est la question des vainqueurs d’Ebola qui sont passés à plus de 1000 dans le cadre de cette épidémie. Les vainqueurs sont des personnes fragiles au niveau médical et requièrent un suivi médical et social. Dans le cadre de la recherche il faut mieux connaître pour mieux combattre ce virus et il s’agit de suivre notamment leur potentiel contaminant puisqu’il s’avère qu’au travers du sperme pour les hommes ou du lait maternel pour les femmes, il y a encore une possibilité de contaminer pendant une durée assez longue après la guérison. Il est essentiel surtout lorsqu’il y a de nombreuses personnes après une large épidémie comme celle que nous vivons, qui sont guéris, de bien pouvoir les suivre et faire en sorte qu’elles ne soient pas ostracisées ou stigmatisées, il faut informer les communautés dans lesquelles elles vivent. Mais en même temps, il faut faire en sorte que tout le monde soit bien conscient du danger.

Propos recueillis par Gaelle Sundelin/UNEERO

Dernière modification : 16/10/2019

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