Interview croisée d’Astrid Matron, directrice du Goethe Institut de Kinshasa et de Samuel Pasquier, directeur délégué de l’Institut français de Kinshasa.

Alors que nous célébrons aujourd’hui l’amitié franco-allemande et la signature du traité d’Aix-La-Chapelle, focus sur la coopération culturelle entre nos deux pays à Kinshasa, où l’Institut français héberge le Goethe Institut depuis 2015.
Astrid Matron, directrice du Goethe Institut de Kinshasa et de Samuel Pasquier, directeur délégué de l’Institut français de Kinshasa nous parle de leur collaboration.

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Astrid Matron & Samuel Pasquier

Question : Vous êtes dans une configuration spécifique puisque l’Institut français héberge le Goethe Institut à Kinshasa : qu’est ce qui a conduit à cette configuration et quels en sont les avantages ?

Astrid Matron (A.M.) : Il faut savoir qu’à Kinshasa,il y a eu un Goethe Institut pendant 30 ans. Fondé en 1963, l’institut a dû fermer ses portes à la suite des pillages dans les années 90.Dix ans après, la réflexion a été entamée pour la réouverture du Goethe Institut mais elle s’est heurtée à plusieurs problèmes administratifs.

Samuel Pasquier (S.M.) : En 2015, le Goethe Institut de Johannesburg a donc décidé de ré-ouvrir un bureau de liaison à Kinshasa, après plus de 20 ans d’absence. L’Ambassade de France a proposé d’accueillir ce bureau dans ses locaux, garantissant ainsi au Goethe Institut de pouvoir bénéficier d’une infrastructure culturelle solide et pérenne.

A.M.  : Pour nous, l’Institut français est une très belle structure avec de bonnes installations et un public fidèle.Ça nous permet d’être dans un environnement centré sur les échanges culturels avec des missions similaires.

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Médiathèque de l’Institut français où sont disponibles des ouvrages du Goethe Institut

S.P. : Ce qui est sûr c’est que cette proximité géographique, sur la question culturelle, a tout de suite pris du sens. Elle permet une concertation régulière et une mutualisation des moyens humains et financiers entre nos deux établissements. Nous avons immédiatement mis en place des projets communs : une programmation chaque mois de films français et allemands, l’organisation régulière d’expositions et de spectacles mais aussi la présence d’ouvrages allemands dans la médiathèque de l’Institut français. Les personnes intéressées par la culture allemande peuvent donc se documenter au sein de la médiathèque. De plus, la programmation culturelle du Goethe Institut est intégrée au programme culturel de l’Institut français lorsqu’elle se déroule au sein de l’Institut.Chaque structure tire donc un avantage de cette coopération.

Question : De manière générale, quel est le sens de la coopération franco-allemande dans le secteur de la culture ?

S.P. : Historiquement, la dimension de la relation interculturelle, particulièrement forte entre nos deux pays, trouve ses points d’ancrage dans la période d’après-guerre. La culture, vecteur de paix, a permis de rapprocher les sociétés. Cette coopération se poursuit au-delà des frontières européennes, avec pour objectif de favoriser la diversité culturelle, à travers nos réseaux respectifs à l’étranger.

En RDC, l’Institut Français et le Goethe Institut s’unissent pour contribuer à l’émergence de jeunes talents, en particulier dans le domaine des arts plastiques et de l’audiovisuel, et au développement du secteur artistique et culturel en général.
Cette mutualisation offre deux avantages pour les artistes congolais. D’une part, le soutien concerté de la France et de l’Allemagne permet d’augmenter les budgets alloués à ces projets, et d’autre part, lorsque ces projets sont diffusés en Europe, ils bénéficient également du réseau de diffusion des deux pays.

A.M.  : L’objectif commun du Goethe Institut et de l’Institut français est en effet d’établir un échange entre nos deux cultures et la culture congolaise.Par exemple, l’artiste congolais Freddy Tsimba a eu l’opportunité d’être commissaire d’une exposition au Grassi Museum à Leipzig en Allemagne et également d’inaugurer son œuvre au Théâtre National de Chaillot à Paris, le mois dernier.
Dans cette même optique, la dynamique de création d‘instituts franco-allemands à travers le monde se poursuit avec l’ouverture de 10 centres supplémentaires en 2019.

Question : Concrètement, comment se matérialise cette coopération franco-allemande à Kinshasa ? Quels sont vos perspectives pour l’avenir ?

S.P.  : Chaque année depuis 2016, les projets que l’on mène ensemble bénéficient d’un financement du fond culturel franco-allemand. L’année dernière nous avons reçu la somme de 7000 euros et cette année nous devons recevoir 10 000 euros. L’institut français et le Goethe Institut portent alternativement la demande de subvention d’une année sur l’autre.

C’est notamment dans le cadre de ce fond que nous avons conjointement créé le projet « KINSHASA 2050 ». Pendant les 3 précédentes éditions, ce projetnous a permis de mettre en lumière une dizaine d’artistes, hommes et femmes (d’ailleurs en 2018, exclusivement des femmes), qui avait répondu à la question : comment vais-je créer et que vais-je créer en 2050 ?

A.M.  :En 2019, le projet évolue pour devenir « Kinshasa : histoires de ville ». L’objectif est de permettre à de jeunes artistes congolais (plasticiens, vidéastes, écrivains, musiciens, etc.) de travailler avec des groupes d’enfants dans des contextes différents (écoles étrangères, écoles congolaises ou centres culturels travaillant avec les enfants des rues), pour capter les histoires de ces derniers et par la même occasion,leur transmettre la capacité d’imaginer des récits et de les mettre en mots, en images ou en objets. Une illustratrice française et une réalisatrice allemande de courts métrages d’animation participeront également au projet.

S.P. :Nous accueillerons également la création « Le fleuve dans le ventre » pour lequel le Goethe Institut va mettre en scène lespectacle pluridisciplinaire tiré du livre de Fiston Mwanza, auteur congolais installé en Autriche. Une partie de la création et la première de ce spectacle se dérouleront à l’Institut français. Un autre exemple de coopération artistique qui permet à chaque partenaire de trouver une vraie complémentarité dans nos actions au service des artistes et de la culture congolaise.
Au-delà de ce projet, nous continuons à travailler sur la programmation commune et nous préparons le festival du film européen, financé par EUNIC mais qui est le fruit d’une collaboration étroite entre les différents acteurs culturels européens présents en RDC.

Dernière modification : 31/01/2019

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