Le service de coopération et d’action culturelle signe une convention avec l’ONG SOFEPADI

L’Est de la RDC est marquée par des violations graves des droits humains, massacre, kidnapping, exploitation sexuelle, visant particulièrement les femmes.
Afin de rapprocher la justice des justiciables, SOFEPADI organise chaque année des chambres foraines dans la région de Béni.

Le 9 mars 2018, l’ONG Solidarité féminine pour la paix et le développement intégral (SOFEPADI) et le service de coopération et d’action culturel de l’Ambassade de France ont signé une convention de subvention.

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Les actions prévues permettront d’organiser des chambres foraines et de renforcer les capacités matérielles des cliniques juridiques.

Infatigable défenseure des droits de l’Homme sur le terrain en RDC comme à New York au Conseil de sécurité des Nations-Unis, Madame Julienne Lusenge, Présidente de SOFEPADI nous en dit plus sur elle et sur son organisation :

" Je suis présidente de SOFEPADI et directrice du Fond pour les femmes congolaises. J’ai été journaliste dans le passé avant de créer cette association qui donne des services holistiques aux femmes victimes de violences sexuelles et qui travaille pour la promotion de la paix à l’Est de la RDC. Je suis chevalier de la Légion d’Honneur et je viens de recevoir un prix pour le droit des femmes et la démocratie à Genève en Février 2018. J’ai également obtenu le prix des Droits de l’Homme de l’Ambassade de France, j’étais la première récipiendaire et j’ai aussi obtenu un prix d’Amnesty International."

Que va apporter la convention que vous venez de signer avec l’Ambassade de France ?

"Cette convention est faite pour faciliter l’accès à la justice des femmes victimes de violences sexuelles. Nous travaillons avec l’Ambassade de France depuis plusieurs années. Elle nous aide à organiser les chambres foraines dans les villages. Pour montrer l’importance de cette convention, je vais reprendre la phrase d’une des victimes qui nous avait dit, lorsque nous étions avec un délégué de l’Ambassade à Béni : « Continuez à organiser les chambres foraines, ça nous redonne notre dignité. Parce que comme les audiences sont tenues dans mon village, toute la communauté, tous les membres de ma famille sont là et ils voient l’homme condamné et ils comprennent qu’effectivement j’étais une victime. Donc je n’ai pas menti. Parce que les gens pensent que les femmes adultes mentent pour dire qu’elles ont été violées. »
Donc cette convention redonne de la dignité aux femmes victimes de violences sexuelles quand nous organisons les chambres foraines dans les villages où nous mobilisons la communauté pour venir assister, suivre et avoir l’occasion de poser les questions au magistrat. Vous savez ici le magistrat c’est vraiment un petit dieu, il ne se mélange pas avec les êtres ordinaires et donc nous amenons les magistrats dans les villages pour les rapprocher de la population, les rapprocher des justiciables."

Parlez-nous de votre association. Quelles sont vos priorités, vos objectifs pour l’avenir ?

"La priorité c’est transformer notre société. Sans la justice on ne peut pas avoir la paix et sans la paix on ne peut pas faire de développement. Donc nous travaillons sur ces axes :
-  Faciliter l’accès à la justice pour toutes les formes de violences faites aux femmes pas seulement les violences sexuelles
-  Travailler sur la transformation sociale
-  Éduquer les gens sur leurs droits, sur les lois du pays
-  Travailler avec les différents acteurs pour la mise en œuvre de ces textes. Parce que c’est aujourd’hui cela le grand problème. Légalement la femme congolaise est bien protégée avec tous les textes mais que ce soit au niveau de la police, au niveau du parquet, au niveau du tribunal, il faut qu’on travaille en collaboration avec les acteurs pour une mise en œuvre correcte
-  Informer les jeunes sur les droits des femmes, sur le respect, la dignité de la femme et de la jeune fille. Nous travaillons avec les autorités scolaires pour sensibiliser les jeunes sur le harcèlement sexuel et les enseignants on les forme sur la loi et nous faisons de notre mieux mettre dans les villages des groupes de dialogue où les femmes et les hommes se mettent ensemble pour analyser la situation dans leur milieu, discuter, débattre et déterminer des actions.

Nous avons initié des associations de crédit et d’épargne où les gens se cotisent pour commencer à avoir du pouvoir financier. Parce que même si on parle de la promotion des droits, si la femme n’est pas capable d’avoir des ressources, elle ne va être reconnue dans sa communauté. Nous faisons de notre mieux pour que cette femme soit formée sur la gestion de son argent et aussi formée sur des métiers pour que celles qui n’ont pas de petits business puissent apprendre à coudre, à fabriquer des braises, des paniers, etc.

Nous faisons de notre mieux pour que les enfants issus de viols, non seulement soient reconnus et inscrits à l’état civil mais aussi qu’ils rentrent à l’école, qu’ils étudient et nous payons tous les frais.

Donc notre priorité c’est la transformation sociale. Parce que l’on ne peut pas lutter contre les violences si le comportement des gens ne changent pas. On doit travailler sur la paix, sensibiliser les jeunes à quitter les groupes armés, les accompagner dans la dé-traumatisation mais aussi faire leur plaidoyer, car la guerre n’est pas seulement une guerre des congolais, au niveau international il y a une responsabilité, comme au niveau national et local. Donc nous travaillons dans ces espaces-là pour que chacun à son niveau fasse le nécessaire pour le retour de la paix. Nous les congolais souhaitons retrouver notre dignité, nous ne voulons pas continuer à vivre dans les camps de déplacés, nous n’allons pas continuer à vivre de l’action humanitaire, nous voulons le développement de notre pays. Et c’est cela notre priorité en tant que femme, en tant que mère, en tant que citoyenne. Il est également important de faire des connexions avec les autres femmes dans le monde qui se battent pour la promotion des droits des femmes pour que nos voix soient amplifiées et que nous puissions arriver au bout."

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Julienne Lusenge

Dernière modification : 13/03/2018

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