Renouvellement du mandat de la MONUSCO - Déclaration de Jean-Yves Le Drian (New-York, Conseil de sécurité, le 29 mars 2019)

"La France se félicite de l’adoption de cette résolution qui renouvelle le mandat de la MONUSCO. En l’adoptant à l’unanimité, le Conseil de sécurité a montré une fois de plus son unité sur la RDC".

"Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,

La France se félicite de l’adoption de cette résolution qui renouvelle le mandat de la MONUSCO. En l’adoptant à l’unanimité, le Conseil de sécurité a montré une fois de plus son unité sur la RDC.

Je voudrais tout d’abord souligner le chemin parcouru par la RDC sur la voie de la stabilité et de la démocratie.

Le scrutin de décembre - qui s’est tenu avec l’appui de la MONUSCO - a permis au pays de connaître une alternance pacifique, avec l’élection de Félix Tshisekedi.
Je souhaite rendre hommage à l’ensemble du peuple congolais, qui a fait preuve de patience, après un report des élections de plus de deux ans, pour exercer son droit de vote et exprimer sa volonté de changement et d’alternance. Il faut dire que ces élections constituent une étape importante.

Je tiens à souligner que l’Organisation des Nations unies a joué un rôle important dans la réalisation de ces progrès. En 20 ans de présence, la MONUC puis la MONUSCO ont accompagné sans relâche la République Démocratique du Congo.
Nous prenons acte des évolutions récentes et invitons le pays à aller plus loin dans l’exercice de sa souveraineté. Pour autant - et c’est le sens de ce renouvellement -, l’action de la MONUSCO reste encore indispensable pour répondre aux défis sécuritaires qui subsistent sur place, notamment du fait des groupes armés présents dans l’Est du pays.

Le mandat qui vient d’être adopté marque tout d’abord une transition. Ce délai de 9 mois laissera le temps au Secrétariat d’effectuer une revue stratégique de la mission, dans l’objectif de bénéficier d’une meilleure compréhension des enjeux et des besoins et d’adapter le mandat de la mission en conséquence.
Ensuite, il donnera le temps au Conseil de sécurité, comme au Secrétariat, de discuter avec les autorités congolaises. Nous sommes, en effet, tous convaincus ici qu’un pays qui accueille sur son sol une opération de maintien de la paix doit avoir voix au chapitre. Et je me félicite, à ce titre, de la volonté affichée par le président Tshisekedi d’une meilleure coopération avec la mission.

Enfin, ce délai permettra de réfléchir au temps d’après : celui d’un désengagement progressif allant de pair avec l’exercice effectif d’une pleine souveraineté de l’État sur l’ensemble du territoire.

Pour ce mandat intérimaire, deux priorités ont été retenues : la protection des populations les plus menacées et l’appui à la stabilisation et au renforcement des institutions.

Nous comptons, pour les mettre en oeuvre, sur l’engagement total et exemplaire des militaires, policiers et civils de la MONUSCO, qui agissent en lien avec les Forces armées et les Forces de sécurité intérieure de la République démocratique du Congo.
Le Conseil encourage fortement la MONUSCO à mettre à profit ce mandat pour poursuivre les réformes internes qu’elle a déjà entamées. La mission a procédé à de premiers ajustements, qui étaient nécessaires. Elle doit se rendre encore plus réactive et plus mobile, en particulier en ce qui concerne la Brigade d’intervention, dont le mandat robuste contribue à lutter efficacement contre les groupes armés.
Les défis restent bien sûr importants mais je forme le voeu que ce mandat permette d’enregistrer des progrès significatifs.

C’est particulièrement indispensable à l’Est du pays, et en ce qui concerne la lutte contre les groupes armés et notamment celui des ADF. Il s’agit là d’un vrai sujet de préoccupation qui appelle une coopération régionale renforcée.
La question de la sécurité à l’Est est d’ailleurs indissociable de la lutte contre l’épidémie Ebola, puisque les groupes armés perturbent de façon très préoccupante l’action menée par les humanitaires. C’est en ce sens que la lutte contre Ebola constitue un des aspects de la mission de protection des civils du nouveau mandat.
Au-delà de la situation dans l’Est, nous croyons que l’élection de Félix Tshisekedi ouvre une fenêtre d’opportunité pour traiter, par des processus de désarmement, de démobilisation et de réinsertion (DDR), la question des groupes armés qui poursuivent leurs exactions dans les Kasais et en Ituri notamment.
Sur tous ces points, nous continuerons d’accompagner les autorités congolaises, comme nous l’avons toujours fait.

Je voudrais, enfin, rappeler que le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales est un gage d’apaisement, de stabilité et de confiance. Ces critères sont indispensables pour que la République démocratique du Congo aborde son avenir avec une sérénité retrouvée.

Les premiers engagements pris sur cette question par le président Tshisekedi sont très encourageants et je les salue. Je pense en particulier à la libération de prisonniers incarcérés pour des raisons politiques et aux mesures prises pour ouvrir l’espace politique.

Mesdames et Messieurs,

Voilà quelles sont, à nos yeux, les conditions auxquelles la MONUSCO doit remplir sa mission de paix et la République démocratique du Congo continuer à avancer sur la voie de la souveraineté, au service de son peuple.

Soyez assurés de l’engagement résolu de la France en ce sens."

Dernière modification : 28/05/2019

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